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Accueil » Politique » Sénégal - Interview - Talla Sylla - Jef jel : L’éducation par l’exemplaritévendredi 18 avril 2008, par senactuSénégal - Interview - Talla Sylla - Jef jel : L’éducation par l’exemplarité« J’AIMERAI POSER LE MAXIMUM D’ACTES POSSIBLES POUR M’ASSURER QUE CE PAYS SERA (…) VIVABLE ».
Récemment de retour au Sénégal, Talla sylla leader du Jef jel, se mobilise pour renforcer les capacités d’action de son organisation politique. C’est un homme résistant au sommeil, visiblement embrigadé par un emploi du temps chargé que nous avons trouvé chez lui attendant de nous recevoir. Par l’échange de salutations, comme il est de tradition, nous eûmes la confirmation que notre homme politique a manqué de repos la veille . Le refus de la routine confondu à la volonté de rupture trés tôt vulgarisé par le Jef Jel, expliquent cet engagement politique spectaculaire.
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SenActu : Comment conciliez vous votre vie de famille et votre engagement politique qui manifestement arrive à vous confisquer votre sommeil ? Talla Sylla : Il m’est arrivé une fois lors d’une conférence de radio de présenter des excuses à ma famille. Pour vous dire que je ne m’occupe pas suffisamment d’elle. Mais quand même j’ai essayé de donner une explication à cette situation. je suis un être humain, un mortel et je n’ai pas la maitrise de la durée de ma vie. J’aimerai poser le maximum d’actes possibles pour m’assurer que ce pays sera, pour ainsi dire vivable. Si moi, je ne devais plus être là , que les miens puissent tenir et vivre. Certes, la perte d’un être est irremplacable mais au moins que ses proches ne sombrent pas totalement. Mon regret est qu’il n’y pas de leviers dans la société qui permettent à la famille dans un cas pareil, de rebondir. Le raisonnement selon lequel si moi – chef de famille- je ne suis pas là , ma famille ne mange pas, ne vit pas, ne paie pas le loyer , conduit simplement à la centralisation de tout, autour de la personne qui porte le rôle de « soutien de famille ». Il faut combattre cette facon de penser . Ce qu’on appelle ici au Sénégal soutien de famille, il faut que l’on sorte de cela. je pense que c’est le pays qui doit soutenir ses enfants. Les enfants sont les enfants du pays donc ils demeurent un soutien pour leur pays. Je pense que l’Etat sénégalais doit soutenir l’ensemble des sénégalais. Il faut une bataille pour avoir un Etat qui soit là , pour tout le monde et non pour un parti politique, pour une religion, pour une confrérie, pour un groupe ethnique ou pour une région . C’est une bataille républicaine. Et pour moi, elle est fondamentale. Vous savez pour moi, il y a deux facons de faire de la politique : Un tel peut se réveiller en disant qu’il veut être président de la république ou qu’il veut devenir député, sénateur, maire, conseiller municipal ou rural. Il s’engage dans la politique pour rassembler justement suffisamment de forces qui puissent lui permettre d’atteindre l’objectif qu’il s’est fixé. La seconde facon de faire de la politique, c’est de se dire que je suis un citoyen sénégalais. Ce pays a énormément de problémes, je dois pouvoir en rapport avec d’autres citoyens qui pensent comme moi mettre en place un espace de rencontre, de dialogue et d’échange autour de nos préoccupations communes. Ce sont là , deux démarches différentes. La première s’appuie sur une ambition personnelle. La deuxième s’appuie sur l’ambition qu’on a pour le pays. Il est clair que dans les deux cas , il y aura élection. Dans le premier cas , on a affaire à un politicien dans le deuxième cas on a affaire à un politique. Parce que le politicien c’est celui qui prépare toujours la prochaine élection. Et le politique c’est l’homme d’Etat, celui qui pense toujours à la prochaine génération. L’INSOLENCE , LE REFUS DE LA ROUTINE SA : Nous avons toujours connu le jef jel assez fort et passionné dans ses positions. Est ce que le choix d’une telle ou telle autre perspective politique, déterminerait le choix de la nature du discours ? T.S : Mon option fondamentale a toujours été de poser des actes pouvant nous permettre de trouver des solutions de fonds et durables, donc nécessairement au service des générations à venir. Vous savez, avant même la naissance du jef jel au sein de la jeunesse pour l’alternance nous avons eu à poser des actes qui montrent le désintêressement de nos militants et de nos responsables. Quelqu’un peut ne pas partager les opinions du jef jel , nos positions politiques, notre démarche et nos méthodes mais il aura toujours l’honnêteté de reconnaitre le désintêressement qui caractérise les militants et responsables du jef jel. Certains disent que nous sommes insolents. Mais ils ne nous attaquent jamais sur nos motivations profondes. Parce que tout le monde s’est rendu compte , de par les actes qu’on a posé depuis la naissance de notre organisation, que les militants du parti sont des gens désintêressés. Maintenant nous sommes sur le terrain, nous avons des opinions, on peut les partager ou pas. j’ai parlé de l’insolence tout à l’heure. Encore une fois je reconnais qu’on nous a souvent reproché une certaine forme d’insolence. Mais nous avons eu à revendiquer une vertu de l’insolence. Parce que l’insolence au sens étymologique du terme c’est le refus de la routine. A la naissance du Jef Jel, nous avions dit que nous étions en train de créer un parti de type nouveau. Mais nous avions ajouté que chaque parti qui né, s’autoproclame parti de type nouveau. On n’avait promis, que par les actes qu’on allait poser les gens allaient se rendre compte, que nous étions véritablement un parti de type nouveau. Mais avant les actes, il y a le discours. Un discours qui soit conforme à ce qu’on pense, donc un discours sincère et honnête. Mais également un discours suivi d’actes. Parce que, ce qui caractérise le plus l’homme politique sénégalais du point de vue de la perception que les sénégalais en ont, c’est justement cette rupture entre le discours et l’acte. Chez les sénégalais, on assimile politique et mensonge. Alors, il a fallu pendant quelques années investir dans la crédibilité en tenant un discours de vérité. Ca n’a pas été facile. Un discours qui appelle la justice et qui ne soit pas l’expression des intêrets claniques d’un groupe de dirigeant de parti politique. Un discours qui porte la parole des sans voix. Et ca, je pense que même ceux, qui n’aiment pas le jef jel ont l’habitude de considérer notre parti comme étant le parti qui dit tout haut, ce que les gens pensent tout bas. Ca veut dire que notre fonction de porte parole du peuple est largement admise dans la société. C’est cela, qui explique le discours que nous avons. Et maintenant, un discours de vérité dans une société gérontocratique de la part de jeunes, fondamentalement pose problème. C’est vraiment une question au départ sociologique qui est devenue politique. Mais nous nous sommes dit que pour changer une société, il faut avoir de fortes convictions dans l’avenir. Le principal conseil que je retiens de la personne de Majmouth Diop, mon père spirituel- il n’est pas l’ancêtre du jef jel parce que le jef jel n’est pas né du P.A.I - est le suivant : méfie toi du présent. C’est la baume et l’embaumement C’est à dire qu’il faut toujours envisager les choses du point de vue de l’avenir. C’est pourquoi j’ai toujours été heureux de constater qu’autour de moi, au jef jel, il y avait des responsables et des militants qui étaient dans la même logique que moi, même s’ils n’ont pas fréquenté Majmouth Diop et cela nous a permis, au moment où tout le monde cherchait à se partager des postes comme à l’avénement de l’alternance, de prendre une décision courageuse le 26 mars avant même la prestation de serment de Wade. Nous avions dit : « nous sortons pour la position de sentinelle de l’alternance ». SA : Pouvons nous dire que c’est une tendance révolutionnaire que vous incarniez ? T.S : La situation est révolutionnaire. Mais ce qu’il faut retenir dans cela, c’est le peuple qui s’implique. En un moment donné, cela a été très difficile parce qu’il a fallu porter ce mouvement. Mais un penseur dit que « la révolution n’est pas un coup d’Etat orchestré au sommet par une minorité d’activistes révolutionnaires mais c’est un mouvement qui met en branle d’énormes masses humaines qui prennent en charge leur propre destin ». On peut ne pas aimer le terme révolutionnaire mais cela est la signification fondamentale. Alors, ce que nous voulons, c’est un vrai changement. Le sénégalais veut simplement vivre. Son seul ambition s’arrête pour le moment à vivre. Il en est regrettablement à l’état de survie. Il veut vivre. Nous pensons que c’est possible et c’est ce qui explique notre combat. ON SE RAPPELLE ABDOULAYE WADE LORSQU’IL DIT : ARRIVE NA ! SA : Comment expliquiez vous le fait que des acteurs politiques changent de discours et d’actes une fois au pouvoir ? T.S : Notre conviction est que ceux qui changent d’attitude et de comportement simplement parce qu’ils sont passés de l’opposition au pouvoir, c’est des gens qui ont un probléme de conviction. Je veux dire, si on a des convictions chevillées au corps, si fondamentalement on fait la politique sur la base de la morale et de l’éthique, si on a la foi, on ne peut pas changer. Ce que nos compatriotes ont l’habitude de constater, c’est qu’il y a des gens qui se mobilisent dans la première manière de faire de la politique, c’est à dire pour accéder simplement au pouvoir. C’est cela la finalité malheureuse. On se rappelle , le président Abdoulaye Wade, lorqu’il dit : « Arrivé na ! J’aurai pu m’arrêter parce que j’ai atteint mon objectif ». Et beaucoup de ses militants pensent que Wade a atteint son objectif, dés le 19 mars, comme si l’unique objectif c’était de devenir président de la république. Devenir chef de l’Etat, maire, président de communauté rurale, ou conseiller municipal, c’est un moyen pour justement accéder à un niveau où on peut traduire ses idées en actes. Pour moi, la réussite ne serait pas qu’au lendemain d’une élection législative, que jef jel ait 70% des voix. C’est autant de pourcentage en termes de siège. La réussite ne serait pas qu’un candidat investi par le jef jel devienne président de la république mais qu’on dise au terme d’un mandat que des actes fondamentaux ont été posés, que ceux qui ont travaillé durant ce mandat avaient l’objectif clair qu’il fallait tracer les sillons, poser les actes pouvant changer les mentalités, qu’ils ont eu à poser les bases d’un développement, d’une démocratie durable. C’est cela la réussite de mon point de vue. Elle ne peut pas signifier la résolution totale de tous les problèmes. Pour moi, c’est déjà une tendance mais une tendance neutre. Pratiquement irréversible. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire aujourd‘hui en France comme il y a des choses qu’on ne peut faire aux Etas Unis. Par exemple, il est inimaginable en France ou aux Etat Unis de reporter les élections sur la base d’une initiative unilatérale de ceux qui sont au pouvoir parce que tout simplement l’opposition au plan des sondages serait assez difficile. Nous voulons donc arriver à un niveau d’irréversibilité démocratique, républicaine pour que les bases ayant été posées , qu’on ait des institutions solides au delà des hommes qui vont les animer. Je pense que, quand on va en arriver là , les idées , les projets , les propositions, pourront s’appliquer et les sénégalais changeront autant qu’ils le voudront. Il y aura donc alternance parce que celle ci est la suite de la démocratie. A SUIVRE DANS LES PROCHAINES EDITIONS DE SENACTU……. Pascal Oudiane Erreur Rien à faire ici. |
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