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Accueil » Culture » Saint-Louis Jazz : la "tristesse" de Randy Weston pour une Afrique méconnue

lundi 28 mai 2007, par senactu

Saint-Louis Jazz : la "tristesse" de Randy Weston pour une Afrique méconnue

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Le pianiste afro-américain Randy Weston, 81 ans, ne manque jamais de parler de l’Afrique, d’où sont originaires ses ancêtres et le jazz qu’il pratique depuis plus d’un demi-siècle.

La chose qui l’"attriste", c’est que ce continent demeure "peu connu."

Le pianiste afro-américain Randy Weston, le 27 mai 2007, lors de la soirée de clôture du Festival de jazz de Saint-Louis (Sénégal)

Le pianiste afro-américain Randy Weston, le 27 mai 2007, lors de la soirée de clôture du Festival de jazz de Saint-Louis (Sénégal)

"C’est très important de comprendre que la musique traditionnelle d’Afrique est notre base. Nous ne nous (en) départirons jamais ", déclare Weston, rencontré dimanche à Saint-Louis (nord du Sénégal), où il était la tête d’affiche du 15e festival international de jazz (24-27 mai).

Ce musicien au physique imposant et aux longs doigts délicats, compte dans sa discographie plusieurs albums dédiés au continent et à ses origines, dont "Blues to Africa", "African Nite" ou "The spirit of our ancestors". Un attachement qu’il doit à son père, qui a toujours parlé de ses ancêtres depuis son enfance à Brooklyn (New York), quartier qui l’a vu naître.

"Ma première composition pour l’Afrique remonte à 1954, ça s’appelait +Zulu+", explique le pianiste, qui se définit d’ailleurs comme un "Africain né en Amérique", et dit "nous" lorsqu’il parle des Africains.

Lorsqu’il monte sur scène ou sort un nouvel album, ce sont les musiques de l’Afrique qu’il distille, "la musique des peuples noirs du Maroc, le blues, la musique du Nigeria, de l’Egypte, du Congo...", explique le musicien qui partage sa vie entre Paris et New York.

"Ce que nous faisons, nous emportons les gens en voyage, pour qu’ils entendent comment la civilisation africaine a civilisé le monde et la musique. (...) Nous essayons de présenter une partie de rythmes traditionnels africains, avec du jazz. Mais tout est africain, ça vient de mes ancêtres."

Il l’a confirmé à la clôture du festival, dans la nuit de dimanche à lundi. Venu en boubou et bonnet africains, il a répété l’importance de l’Afrique dans sa vie, accompagné sur scène par un percussionniste, Neil Clark, et un contrebassiste, Alex Blake, avec lesquels il forme un trio, le "African Rythms".

A ses débuts, selon lui, on parlait peu de ce continent ailleurs dans le monde, notamment aux Etats-Unis. Aujourd’hui, les choses ont "beaucoup changé", la culture africaine est revendiquée "un peu partout maintenant. (...) On l’entend dans la musique, on la voit dans les sculptures, dans la mode", indique l’homme à la voix forte et au rire communicatif.

Un de ses regrets, cependant, c’est de voir "combien on en sait toujours aussi peu sur l’Afrique et son peuple".

"C’est ma tristesse, ma frustration. (...) J’en serai triste pour le reste de ma vie", assure-t-il, avant d’évoquer l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop, auteur de nombreux travaux affirmant l’antériorité des civilisations noires en Egypte. Il a personnellement connu Diop, décédé il y a 21 ans, et lui a rendu hommage en lui dédiant un album.

"Le travail de gens comme Cheikh Anta Diop est très important pour comprendre l’histoire de l’Afrique quand l’Afrique était grande, parce que nous fûmes la première civilisation", assure-t-il.

Lui-même a beaucoup appris sur le continent lorsqu’il a décidé, dans les années 60, de s’installer au Maroc, et en voyageant, notamment pendant une tournée en 1967 dans 14 pays africains.

Pour Randy Weston, les dirigeants et intellectuels africains ne font "pas assez" pour mieux faire connaître le continent. "Il y a trop d’influence occidentale. Nous avons tellement de choses à apprendre sur notre peuple."

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